Archives pour décembre 2014

11-12-2014

Economie de marché ne veut pas dire hyper-capitalisme !

Cette semaine, je suis allé à un séminaire fascinant dédié au libre marché : un sujet d’autant plus intéressant qu’il a mauvaise image parmi les « intellectuels » européens, qui l’associent souvent – et bêtement – à une forme d’hyper-capitalisme. Et il paraissait évident que, dans la salle de conférence, certains participants pas vraiment experts dans leurs domaines confondaient aussi ces notions. Je leur ai alors posé une question toute simple : pourquoi les femmes s’étaient-elles émancipées sur le marché du travail dans les années 50 ? La réponse, selon eux, était la suivante : elle découlait du fait que les femmes ont acquis de plein droit leur présence sur le marché de l’emploi pendant la seconde guerre mondiale, durant laquelle elles avaient démontré leur efficacité. Alors pourquoi cette émancipation n’a-t-elle pas eu lieu juste après la guerre, leur demandé-je ? Se pourrait-il qu’elle ait en réalité été la résultante d’une cause matérielle autrement plus simple : l’arrivée des équipements ménagers électriques, qui libéraient du temps à la ménagère et lui permettaient d’entrer sur le marché du travail. L’idée n’avait pas l’air de leur plaire : elle n’était pas féministe, selon eux. Je leur demandai alors si les femmes auraient réellement été autorisées à travailler s’il y avait eu autant de tâches ménagères à réaliser, en l’absence de l’électroménager. Les hommes se seraient-ils arrêtés de travailler pour réaliser ces tâches quotidiennes ? Pluralitas non est ponenda sine neccessitate, comme on dit. On réécrit souvent l’histoire pour l’accomoder à sa convenance, avec le recul. Histoire d’y insérer de beaux sentiments qui n’étaient pourtant pas présents à l’époque. L’économie de marché a contribué à l’émancipation de la femme comme elle a contribué à de nombreuses autres améliorations sociales et sociétales. Elle se glisse là où elle ne peut théoriquement pas se rendre et permet aux hommes d’améliorer leurs conditions de vie. La façon dont certains gouvernements essaient de réduire l’autonomie des citoyens et consommateurs ne fait que mettre en exergue le pouvoir du libre marché. Pour ne prendre qu’un exemple : la position du gouvernement chinois, consistant à censurer depuis des années les réseaux sociaux, témoigne surtout qu’un consommateur libre, et par extension un citoyen libre, représente un danger pour un gouvernement décidé à déterminer ce qui est convenable à sa population. Depuis que nous sommes descendus de nos arbres, nous avons eu les mêmes besoins : boire, manger, se loger et assurer sa sécurité. Et durant une longue période, ces besoins élémentaires ont été les seuls auxquels nous pouvions pourvoir. Les archéologues ont ainsi exhumé des marchés antiques montrant qu’ils étaient dédiés à répondre à ces besoins. La demande incitait l’offre, et la rencontre des deux faisait naître un marché. Cependant, depuis plus d’un siècle maintenant, nos besoins se sont multipliés : nous voulions nous éclairer, avoir la climatisation, aller en vacances, nous éduquer, prendre soin de notre corps, avoir une tablette numérique… Et il se trouve parallèlement toujours quelqu’un dans le monde susceptible de combler ces besoins. L’offre et la demande, toujours. Le libre marché nous accompagne depuis nos premiers pas sur Terre, et donne à chaque homme la possibilité de chercher à améliorer son sort, simplement en demandant et/ou en offrant.

Posté par enbalade dans Non classé | Commentaires fermés

11-12-2014

Le Panda et le saumon : la face sombre du WWF

En 2012, le journaliste allemand Wilfried Huismann a publié son enquête sur le WWF en Allemagne et elle a eu un grand retentissement. Il nous donne maintenant une version en anglais, complétée et revue. Il a rencontré des dirigeants du WWF, quand ils ont accepté de le recevoir et de répondre à ses questions, et il a aussi reçu de nombreux témoignages d’anciens membres de l’organisation -ou actuels- sur le malaise que suscitent en son sein les liens étroits qu’entretient le WWF avec les grandes multinationales, y compris celles qui sont considérées comme les plus grands pollueurs et destructeurs de l’environnement. Il ne met pas en cause la sincérité des salariés de l’ONGE, et il reconnaît que le travail de terrain peut être respectable, il constate simplement que les plus hautes instances du WWF négocient avec de grandes sociétés multinationales et les contestent de moins en moins, au point de couvrir et même de favoriser l’expansion de pratiques inacceptables. Il analyse ainsi les rapports avec Coca Cola, les liens avec les défenseurs de l’apartheid, avec Monsanto et les grands producteurs d’huile de palme et de soja. Il confronte les intentions affichées par le WWF avec les réalités sur le terrain. Or, toutes les enquêtes de terrain menées par W Huismann montrent que les entreprises liées au WWF ne respectent pas leurs engagements, pourtant bien limités. Malgré ces constats alarmants, le WWF continue d’assurer qu’il contribue à l’amélioration des pratiques de ces grandes sociétés, en Afrique, au Mexique, au Brésil, en Argentine, en Inde et en Indonésie. L’enquête montre qu’elles poursuivent la déforestation, la destruction des sols, des ressources en eau. Elles sacrifient des communautés indigènes et paysannes et le WWF soutient cette politique, malgré ses engagements en faveur des droits des indigènes . Loin de contribuer à la protection de la nature et des populations qui en vivent, selon W Huismann, le WWF couvre les turpitudes et les pratiques scandaleuses des sociétés qui le financent. Pire, il permet ainsi à ces multinationales d’étendre leurs activités destructrices, comme en Indonésie, au Chili ou en Argentine. L’entreprise norvégienne Marine Harvest réalise près du quart (plus de 400 000t en 2014) de la production mondiale de saumon d’élevage. L’ensemble des entreprises norvégiennes contrôle 90% de cette production et John Fredriksen, propriétaire de Marine Harvest, est considéré comme le roi du saumon. Son entreprise produit du saumon en Norvège, en Ecosse, au Chili et elle le transforme dans plusieurs pays d’Europe et d’Asie. Avec 10 000 employés dans 23 pays, elle est le leader de la « révolution bleue ». En 2008, le WWF a signé un accord de partenariat avec Marine Harvest pour promouvoir l’aquaculture durable suivant les canons de la certification ASC (Aquaculture Stewardship Council), conçue sous l’égide du WWF et lancée officiellement en 2009. Cette même année, le Chili a connu un désastre dans ses fermes aquacoles, le virus ISA (Anémie Infectieuse du Saumon), apparu en 2007, a touché une grande partie des élevages, entraînant la mort de millions de saumons, du nord au sud du pays. Cette crise jette une lumière crue sur les pratiques des entreprises aquacoles du Chili. Marine Harvest, en Norvège, subit des contrôles et chaque année, les concessions peuvent être retirées ; l’usage des antibiotiques est réduit et souvent absent, la densité des élevages est nettement plus faible qu’au Chili. Il en résulte que l’épidémie a été maîtrisée en Norvège alors qu’elle ne le fut pas du tout au Chili. L’ISA n’est pas la seule maladie, sur 478 élevages, 420 sont infestés de poux et les saumons sont touchés par une vingtaine de maladies. L’usage des antibiotiques est hors contrôle, 800 fois plus élevé qu’en Norvège et même 36 000 fois, selon un biologiste chilien. « Nous ne sommes que des esclaves des multinationales… » L’environnement marin est sacrifié, les fonds marins sous les cages sont en état d’anoxie (sans oxygène), les saumons échappés des cages ont modifié les espèces locales et la biodiversité. Les ressources qui faisaient vivre les pêcheurs sont détruites et n’offrent plus d’alternative aux employés des élevages et des ateliers de transformation qui se retrouvent sans emploi et sans revenu. La pêche chilienne se trouve sous la dépendance des industriels du saumon à qui les pêcheurs fournissent les poissons pour la farine et l’aliment : « Nous ne sommes que des esclaves des multinationales, il ne reste plus de pêcheurs indépendants au Chili » déclare un patron pêcheur à Wilfried Huismann. Le gouvernement a favorisé une véritable mafia du saumon, sans contrôle. Les dirigeants de Marine Harvest reconnaissent leurs erreurs face à cette catastrophe, mais ils l’ont organisée, par appât du gain, et n’ont nullement respecté les règles imposées en Norvège. Malgré ces responsabilités évidentes, en 2011, le WWF a signé un accord de partenariat avec cette entreprise, au nom de progrès futurs. Le WWF vient de recevoir, en novembre 2014, d’importantes subventions de la part des grandes entreprises chiliennes pour accompagner le « verdissement » de l’aquaculture et sa labellisation ASC. Pour l’ONG Ecoceanaos, ce partenariat, c’est l’annonce d’une catastrophe et l’extension des zones d’élevage . En l’absence de règles contraignantes fixées et contrôlées par l’Etat, les entreprises feront ce qu’elles voudront en cherchant, peut-être, à éviter la catastrophe dans leurs nouvelles implantations. Ce n’est pas le WWF qui les dénoncera si elles continuent de dégrader l’environnement, tant il est lié à leurs financements. Le WWF apporte plutôt une caution verte à des entreprises déconsidérées par leur comportement et leur mépris de l’environnement et des droits sociaux. Au sein même du WWF International, ces accords sont considérés comme honteux par certains responsables, en privé… L’enquête ne concerne pas la pêche et le Marine Stewardship Council (MSC), premier label lancé en 1995 par le WWF et Unilever. Ce label certifie des pêcheries durables, mais ces pêcheries sont déjà suivies par les services scientifiques et le label ne vient que conforter des pêcheries déjà bien gérées. Certains parlent d’un racket, car il faut payer cher une certification qui est de plus en plus souvent exigée par la grande distribution. Walmart est un des grands soutiens à cette politique et Carrefour vient de s’y mettre en France. La fondation Walmart finance le WWF pour promouvoir ce label. Les organisations de pêcheurs artisans ont pris fortement position contre ce type de labellisation lors de la rencontre de Bangkok en 2008. Des chercheurs considèrent que cette certification renforce les logiques de privatisation : «La certification et l’éco-labellisation privatisent la gouvernance des pêches de plusieurs façons largement méconnues, par la création de nouvelles formes de droits exclusifs et de privilèges dans des situations de gestion commune déjà compliquées par des droits d’accès et de propriété, créant ainsi les conditions de confusions, de conflits mais aussi de coopération ». Cette certification met les pêcheurs artisans entre les mains de la grande distribution qui contrôle leur accès au marché.

Posté par enbalade dans Non classé | Commentaires fermés

Lenouveauprof |
Foncierimmoconsult |
Dourdan Environnement |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Informationner
| Expandyourmind
| Sous l'écume du jour